L'Espagne a soulevé la Coupe du Monde dimanche soir, le but victorieux de Ferran Torres en prolongation scellant une victoire 1-0 face à l'Argentine — mais l'un des hommes les plus puissants du football était absent des tribunes du MetLife Stadium. Le président de l'UEFA, Aleksander Čeferin, s'est totalement tenu à l'écart de la grande finale du football mondial, en protestation contre la manière dont la FIFA avait géré une affaire disciplinaire qui avait mêlé Donald Trump à la politique de la Coupe du Monde.

Torres a fait mouche à la 106e minute pour débloquer la situation, le gardien argentin Emiliano Martínez établissant, dans la défaite, un record de finale de Coupe du Monde avec 11 arrêts, tandis que Lionel Messi a disputé l'intégralité des quatre-vingt-dix minutes sans cadrer le moindre tir. Il s'agit du deuxième titre mondial de l'Espagne, le premier depuis 2010 — un résultat qui, sur le terrain du moins, a désigné un champion propre et mérité.

En dehors du terrain, l'ultime acte du tournoi a été éclipsé par une brouille entre la FIFA et l'UEFA qui couvait depuis plusieurs semaines. Son origine remonte à la victoire des États-Unis en seizièmes de finale face à la Bosnie-Herzégovine, lorsque l'attaquant américain Folarin Balogun avait été expulsé pour une intervention sur Tarik Muharemović. Selon le propre code disciplinaire de la FIFA, la suspension d'un match qui en découlait aurait dû l'écarter du match suivant des États-Unis, un huitième de finale contre la Belgique.

Au lieu de cela, la suspension a été levée — après l'intervention personnelle du président Trump. Trump a confirmé avoir téléphoné directement au président de la FIFA, Gianni Infantino, selon certaines versions à plusieurs reprises, pour faire pression en faveur d'un réexamen de la suspension. En quelques jours, la commission de discipline de la FIFA a invoqué l'article 27 de son propre code pour geler la suspension pendant douze mois, autorisant ainsi Balogun à jouer contre la Belgique.

Cela n'a rien changé au résultat : les États-Unis ont malgré tout perdu 4-1 en huitièmes de finale, avec Balogun sur le terrain de bout en bout. La fédération belge a ensuite fait appel pour que les effets sportifs du carton rouge soient rétablis a posteriori — un appel que la FIFA a rejeté comme « irrecevable ».

Pour l'UEFA, cet épisode a franchi une limite. L'instance dirigeante européenne a publié un communiqué qualifiant la décision de la FIFA de « sans précédent, incompréhensible et injustifiable », affirmant que la FIFA avait « franchi une ligne rouge » en laissant une pression politique influencer une sanction sportive.

Čeferin, l'avocat slovène qui dirige l'UEFA depuis 2016 et occupe également la fonction de vice-président de la FIFA, a poussé la protestation au-delà d'un simple communiqué : il n'a tout simplement pas assisté à la finale, lui qui avait été présent sans incident au match d'ouverture du tournoi à Mexico. Qu'un vice-président en exercice de la FIFA boycotte la finale de la Coupe du Monde constitue, à tous égards, un acte de défiance extraordinaire venu de l'intérieur même de la direction de la FIFA.

Depuis la finale, plusieurs comptes rendus ont laissé entendre que l'affaire Balogun n'était pas le seul grief de Čeferin. Il aurait également été irrité par le refus d'entrée sur le territoire américain opposé, pendant le tournoi, à Omar Artan, l'un des meilleurs arbitres africains, ainsi que par le traitement réservé à la délégation iranienne — des questions qui auraient renforcé sa décision de s'abstenir.

Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a pour sa part reconnu par la suite que la polémique Balogun « n'aurait jamais dû se produire », une concession publique rare de la part d'une personnalité habituellement plus encline à défendre les décisions de l'organisation qu'à les remettre en question.

Cette brouille laisse les deux dirigeants les plus puissants du football mondial en conflit ouvert au moment même où la grande vitrine planétaire du sport atteignait son apogée — et elle laisse en suspens une question qui survivra à cette Coupe du Monde : jusqu'à quel point un pouvoir politique, exercé depuis la Maison-Blanche, a pu directement influencer une décision arbitrale sur la plus grande scène du football.