Plus de 50 000 personnes ont signé une pétition en ligne en France réclamant que soit rejouée la demi-finale de la Coupe du monde perdue mardi face à l'Espagne, envenimant une polémique arbitrale qui a suivi les Bleus hors du tournoi jusque dans les préparatifs de la finale de dimanche, dans le New Jersey.

L'Espagne a remporté la demi-finale 2-0 à Arlington, au Texas, le 14 juillet. Mikel Oyarzabal a ouvert le score sur penalty en première période, avant que Pedro Porro ne double la mise à la 58e minute, qualifiant ainsi la Roja pour affronter l'Argentine. C'est ce penalty, accordé par l'arbitre salvadorien Iván Barton, qui est au cœur du grief français.

La séquence a débuté sur un ballon perdu dans le dernier tiers défensif français, où Lucas Digne, en tentant de le dégager, a plutôt touché Lamine Yamal, poussant Barton à désigner le point de penalty. Les supporters français estiment que l'action aurait dû être arrêtée avant même que ce contact ne survienne, car le ballon avait, quelques instants plus tôt, effleuré le bras de Yamal. La pétition l'affirme sans détour : lors du penalty accordé à l'Espagne, peut-on y lire, Yamal touche le ballon de la main, la France n'aurait pas dû encaisser un premier but qui a changé toute la physionomie du match, et le sport doit se jouer selon des règles qui, ce soir-là, n'ont pas été respectées.

Il convient d'être précis sur qui réclame quoi. La campagne pour un match rejoué est une pétition portée par des supporters, et non une contestation officielle : la Fédération française de football n'a déposé aucune protestation ni aucun appel auprès de la FIFA, et aucun n'est attendu. L'instance dirigeante du football mondial n'a jamais accordé de match rejoué sur la base d'une décision d'appréciation arbitrale — décisions qui, sur les questions de fait, sont définitives selon les lois du jeu — et il n'existe aucune procédure permettant à une pétition, aussi massive soit-elle, d'annuler une demi-finale déjà disputée.

Ce qui s'est rapproché le plus d'une plainte officielle française est venu de la touche. Didier Deschamps, dont ce tournoi restera le dernier comme sélectionneur après cette défaite, a demandé aux journalistes, non sans insistance, si l'arbitre était « à la hauteur pour diriger une demi-finale », ajoutant que le penalty n'était pas le seul problème et qu'il « s'ajoute à tout le reste ». Son agacement portait aussi sur une décision prise à la 43e minute, lorsque Barton avait accordé à la France un coup franc à l'entrée de la surface pour une faute de Fabián Ruiz sur Ousmane Dembélé, avant de revenir sur sa propre décision après avoir consulté un assistant. Deschamps a toutefois reconnu que les erreurs de ses propres joueurs avaient contribué à la défaite.

La réponse de la FIFA a été sans équivoque. Pierluigi Collina, directeur de l'arbitrage de l'instance et lui-même ancien arbitre d'une finale de Coupe du monde, s'est vu demander directement si Barton avait été à la hauteur de l'événement. « Oui, absolument », a-t-il répondu, assurant que les arbitres de la FIFA sont « de classe mondiale » — précisant que l'assistance vidéo à l'arbitrage avait examiné l'intégralité de la séquence du penalty pendant le match et confirmé la décision prise sur le terrain.

L'argument technique en faveur de la décision est également plus solide que ne le laisse entendre la pétition. Selon la loi actuelle sur la main, une infraction suppose que le bras rende le corps anormalement plus volumineux, et les analystes ayant visionné les images ont relevé que le bras de Yamal était resté près du corps. Christina Unkel, ancienne arbitre inscrite sur la liste FIFA et consultante règles pour la télévision, a observé que le contact s'était produit sur la manche, laquelle n'est pas considérée comme faisant partie du bras au regard de la règle de la main.

Le précédent résonne aussi de façon gênante pour la France. Lorsque la main non sanctionnée de Thierry Henry avait permis le but privant la République d'Irlande d'une place à la Coupe du monde 2010, la FIFA avait catégoriquement refusé les demandes irlandaises de rejouer le match. Le même mur se dresse aujourd'hui devant la pétition française, quel que soit son nombre de signatures.

L'Espagne, de son côté, prépare la finale de dimanche face à l'Argentine au MetLife Stadium, où le Slovène Slavko Vinčić deviendra le premier arbitre de son pays à diriger une finale de Coupe du monde. La polémique autour d'Arlington continuera d'agiter la France, mais le résultat — et la qualification de l'Espagne pour la finale — resteront acquis.