Gianni Infantino traverse la plus grave épreuve de ses dix années à la tête de l'instance dirigeante du football mondial, l'UEFA et deux autres confédérations continentales menaçant désormais de boycotter les compétitions de la Fifa elle-même — Coupe du monde comprise — si le président de la Fifa n'abandonne pas son projet de céder une partie du tournoi à des investisseurs privés.

Le projet à l'origine de la controverse consisterait à détacher les activités commerciales de la Fifa, dont la Coupe du monde et la Coupe du monde des clubs, au sein d'une nouvelle filiale valorisée à plusieurs dizaines de milliards de dollars, dont environ 20 % seraient cédés à des investisseurs extérieurs. L'investisseur principal identifié par la presse est une société d'investissement new-yorkaise fondée par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, le gendre du président américain Donald Trump.

L'UEFA, qui représente 55 des 211 fédérations membres de la Fifa, a qualifié cette initiative d'« irresponsable et indéfendable », accusant la direction d'Infantino d'avoir voulu imposer ce projet sans consulter comme il se doit les pays qui composent l'organisation. Ses membres ont voté en faveur d'un boycott de toutes les compétitions de la Fifa si la cession venait à se concrétiser.

La Confédération asiatique de football et la Concacaf, l'instance dirigeante pour l'Amérique du Nord et centrale, ont depuis rejoint l'UEFA dans son opposition au projet — laissant Infantino isolé face à trois des six confédérations continentales de la Fifa à la fois.

Pour tenter de convaincre les fédérations encore hésitantes, Infantino a amélioré son offre : les associations membres qui l'approuveraient verraient leur financement garanti sur les quatre prochaines années doubler, passant de 10 millions à 20 millions de dollars, les versements prévus de la Fifa jusqu'en 2038 atteignant environ 86 millions de dollars par fédération, contre environ 36 millions de dollars sans cet accord. Les membres ont été invités à se prononcer avant le 19 septembre.

Ces tensions internes ont déjà provoqué un départ retentissant. Carlos Cordeiro, conseiller de haut rang d'Infantino et ancien président de la fédération américaine de football (US Soccer), a démissionné de ses fonctions pour protester contre le projet — une rupture publique rare venue du propre camp d'Infantino.

Les spéculations vont également bon train sur l'identité de celui qui pourrait défier Infantino lors de la prochaine élection présidentielle de la Fifa, en mars 2027. Plusieurs articles parus ces derniers jours ont évoqué le nom du président du Paris Saint-Germain, Nasser Al-Khelaifi, comme candidat rival potentiel, bien qu'il ne serait, pour l'heure, pas intéressé ; des responsables de l'UEFA seraient à la recherche d'une personnalité de poids prête à se présenter contre lui.

Infantino, élu pour la première fois en 2016 après la démission de Sepp Blatter puis réélu en 2019 et 2023, a déjà confirmé lors du Congrès de la Fifa à Vancouver en avril qu'il comptait briguer un nouveau mandat en 2027. Selon les statuts de la Fifa, un président est limité à trois mandats de quatre ans, mais son premier passage de 2016 à 2019, qui achevait le mandat de Blatter, n'étant pas comptabilisé comme un mandat complet, une victoire en 2027 lui permettrait de rester en poste jusqu'en 2031 avant d'atteindre cette limite.

Pour l'heure, plus de 200 fédérations de la Fifa continueraient de soutenir Infantino, et aucune démarche formelle visant à le démettre n'est à l'ordre du jour. Mais l'ampleur de la fronde menée par l'UEFA — et la perspective que les équipes européennes boudent les épreuves de la Fifa — font de cette crise la plus grave épreuve institutionnelle de sa présidence, avec l'échéance du 19 septembre pour le financement et les préparatifs de la Coupe du monde féminine des moins de 20 ans en Pologne en septembre comme prochains points de tension à surveiller.