Le 19 juillet 1952 — il y a soixante-quatorze ans jour pour jour — les Jeux de la XVe Olympiade s'ouvraient au stade olympique d'Helsinki. Le président finlandais Juho Kusti Paasikivi a déclaré les Jeux ouverts. Paavo Nurmi, le plus grand coureur de fond du pays, a porté la torche dans l'enceinte et allumé la flamme, avant qu'une autre légende de la course, Hannes Kolehmainen, n'embrase un second foyer au sommet de la tour du stade.
Soixante-neuf nations et 4 932 athlètes s'étaient réunis. Quelque part dans ce long défilé d'équipes marchait une petite colonne d'athlètes derrière un drapeau bleu et blanc encore jamais porté dans un stade olympique : Israël, qui participait aux Jeux pour la toute première fois.
Ces débuts dépassaient largement le cadre du sport. L'État avait à peine quatre ans, né au milieu de la guerre de 1948, qui avait empêché toute équipe israélienne de se rendre aux Jeux de Londres cet été-là. Les historiens olympiques rappellent le fait essentiel sans détour : Israël a disputé ses premiers Jeux olympiques en 1952 à Helsinki, l'année même où son Comité national olympique a été officiellement reconnu par le Comité international olympique.
Cet enchaînement n'est pas anodin. Au début des années 1950, l'appartenance à la famille olympique constituait l'un des certificats les plus clairs de normalité étatique offerts à un jeune pays — une scène sur laquelle Israël pouvait apparaître non comme une question politique contestée, mais simplement comme une délégation parmi soixante-neuf autres. Défiler à Helsinki fut, à sa manière, une seconde déclaration d'indépendance.
La délégation elle-même était modeste et éclectique : vingt-cinq athlètes — vingt-deux hommes et trois femmes — engagés dans dix-sept épreuves réparties sur cinq sports : l'athlétisme, le basket-ball, le plongeon, le tir et la natation. L'honneur de porter le drapeau lors de la cérémonie d'ouverture est revenu à Abraham Shneior, capitaine de l'équipe nationale de basket-ball âgé de 23 ans. Né en Palestine mandataire et capitaine du Maccabi Tel-Aviv, Shneior incarnait cette génération pour laquelle l'État et ses institutions sportives avaient grandi ensemble.
Sur le terrain, les résultats furent ceux que l'on pouvait attendre d'un petit pays marqué par la guerre affrontant les meilleurs athlètes du monde. L'équipe de basket-ball a perdu ses matches du tour de qualification, s'inclinant 47-57 face aux Philippines puis, de façon cruelle, 52-54 face à la Grèce — un écart de deux points qui a séparé les débutants du tournoi principal — pour terminer vingtième ex æquo. Sur la piste, le sprinteur David Tabak s'est frayé un chemin jusqu'aux séries du deuxième tour du 100 mètres et du 200 mètres avant d'être éliminé.
L'homme qui s'est le plus rapproché du podium était un plongeur. Yoav Ra'anan, alors âgé de vingt-quatre ans, a terminé neuvième au tremplin de trois mètres — à une place du groupe de tête — et vingt-quatrième au plongeon de haut vol. Sa performance à Helsinki n'était pas un coup de chance : deux ans plus tard, il remportait l'or au tremplin et l'argent au plongeon de haut vol aux Jeux asiatiques de 1954, avant de replonger pour Israël à Melbourne en 1956.
Au sein d'une délégation de pionniers, Ra'anan fut le premier olympien israélien dont on pouvait véritablement parler en termes de compétitivité, et non de simple participation.
Le contexte a donné à ces débuts une résonance particulière. Helsinki 1952 fut les premiers Jeux olympiques de la guerre froide : l'Union soviétique participait elle aussi à ses tout premiers Jeux, et le stade est devenu la scène sur laquelle le nouvel ordre d'après-guerre se présentait au monde. Israël est entré dans la famille des nations olympiques au moment précis où celle-ci se redessinait — et pour un État dont la légitimité même était encore contestée dans les enceintes internationales, on ne saurait exagérer la valeur qu'il y avait à être un nom ordinaire sur une liste extraordinaire.
Aucune médaille n'est rentrée de Finlande, et il n'en viendrait aucune avant quatre décennies encore, jusqu'à Barcelone en 1992. Pourtant, Helsinki demeure l'une des entrées les plus lourdes de conséquences de l'histoire du sport israélien. Chaque olympien israélien depuis lors — chaque judoka, chaque marin, chaque gymnaste et chaque coureur qui est monté sur un podium ou qui a simplement défilé lors d'une cérémonie d'ouverture — remonte directement à cette colonne de vingt-cinq athlètes qui s'est avancée dans l'après-midi gris et pluvieux d'Helsinki, le 19 juillet 1952, et qui, par sa seule marche, a affirmé ce qu'aucun communiqué n'aurait pu dire : l'État était présent, et il entendait bien concourir.



