Il y a cinquante ans ce week-end, le 17 juillet 1976, la reine Elizabeth II déclarait ouverts les Jeux olympiques de Montréal, devant un stade encore, par endroits, en chantier. Parmi les délégations défilant devant la tribune royale, une seule arborait un drapeau porteur d'un signe que nul autre ne portait : un ruban noir, noué en mémoire des onze membres de la délégation israélienne assassinés aux Jeux de Munich quatre ans plus tôt. Ce drapeau était tenu bien haut par une hurdleuse de 24 ans originaire de Tel-Aviv, Esther Roth-Shahamorov, et aucune athlète dans ce stade ne portait davantage cette histoire dans sa propre chair.
À Munich, en 1972, Roth était le plus grand espoir israélien de l'athlétisme. Elle avait atteint les demi-finales du 100 mètres et s'était qualifiée pour les demi-finales du 100 mètres haies — qu'elle ne courra jamais. Le 5 septembre, des membres du groupe palestinien Septembre noir prenaient d'assaut les quartiers de la délégation israélienne au village olympique ; au terme de l'opération de sauvetage manquée de Fürstenfeldbruck, onze Israéliens étaient morts. Parmi eux, Amitzur Shapira, l'entraîneur qui guidait Roth depuis son adolescence. Israël se retira des Jeux, et Roth rentra chez elle, sa carrière brutalement suspendue en plein élan.
Montréal ne pouvait donc jamais être des Jeux comme les autres pour Israël. La délégation, forte de 28 compétiteurs — 26 hommes et deux femmes, répartis sur dix sports —, arrivait à des Jeux déjà amputés par un boycott de 26 nations, majoritairement africaines, en réaction aux liens rugbystiques de la Nouvelle-Zélande avec l'Afrique du Sud de l'apartheid. Quatre-vingt-douze pays restaient en lice. Pour Israël, la tentation était de vivre cette quinzaine comme un acte de témoignage : défiler, porter le deuil, montrer qu'on était revenu. Le ruban noir sur le drapeau disait exactement cela.
Roth refusa que le devoir de mémoire soit toute la mission. Elle avait passé les années suivantes à démontrer, par étapes, qu'il pouvait en être autrement, décrochant l'or du sprint et des haies aux Jeux asiatiques de 1974 à Téhéran, et elle arriva au Canada dans la forme de sa vie. Son temps de 12,93 secondes sur les haies, réalisé cette année-là, allait rester le record d'Israël pendant le quart de siècle suivant.
À Montréal, elle franchit tour après tour les manches du 100 mètres haies et, ce faisant, franchit une ligne qu'aucun Israélien n'avait franchie avant elle : elle devint la première athlète du pays, tous sports confondus, à atteindre une finale olympique.
La finale elle-même livra un résultat modeste sur le papier mais qui signifiait tout. Roth termina sixième en 13,04 secondes. Pas de médaille, pas de podium — mais une place parmi les huit meilleures hurdleuses de la planète, obtenue par une athlète dont les Jeux précédents s'étaient achevés dans l'ombre d'une morgue plutôt que sur une piste.
Un demi-siècle plus tard, elle demeure la seule finaliste olympique de l'athlétisme israélien, un fait qui mesure à la fois sa qualité et à quel point la montagne est restée escarpée.
Elle ne portait d'ailleurs pas la délégation seule. L'haltérophile Eduard Weitz termina cinquième dans sa catégorie, alors le meilleur classement olympique jamais obtenu par un Israélien tous sports confondus, et les footballeurs arrachèrent trois nuls pour atteindre les quarts de finale, avant que le Brésil ne mette fin à leur parcours. Discrètement, au cœur de la quinzaine la plus chargée émotionnellement que le sport israélien ait connue, Montréal devint ses Jeux les plus réussis à ce jour.
C'est là le véritable enseignement de Montréal 1976 : le moment où le sport olympique israélien cessa d'être défini uniquement par ce qu'on lui avait fait subir, pour commencer à être défini par ce qu'il était capable d'accomplir. Le ruban et la ligne d'arrivée coexistaient sur le même drapeau.
Le record national de Roth survécut jusqu'à ce qu'Irina Lenskiy l'abaisse en 2002, et l'idée qu'elle avait fait naître en courant — qu'une athlète israélienne a sa place en finale olympique par le mérite, et non par compassion — a survécu même à ce record. Cinquante ans plus tard, alors qu'un nouveau week-end de Coupe du monde occupe le calendrier, cette soirée de juillet à Montréal demeure le tournant sur lequel a basculé toute une culture sportive.



