Les trois passes décisives de Sagiv Yehezkel lors de la victoire 3-1 du Maccabi Tel Aviv en Super Cup sont faciles à réduire à une ligne statistique individuelle spectaculaire. La conclusion la plus utile est d'ordre structurel. Le Maccabi disposait toujours d'une échappatoire face au pressing, car Yehezkel pouvait recevoir le ballon sur le côté, déplacer l'attaque d'un bout à l'autre du terrain et délivrer sa passe avant que la ligne défensive de l'Hapoel Be'er Sheva n'ait eu le temps de se replacer. Il n'a pas simplement été, à trois reprises, le dernier passeur ; il a été le mécanisme qui a empêché la possession de devenir prévisible.
Le premier but a posé les bases de ce schéma. La passe d'Itamar Noy a lancé Yehezkel dans le couloir droit, et son centre a offert à Saied Abu Farchi une finition simple à la 10e minute. Le Be'er Sheva avait déjà perdu la maîtrise de son ballon en phase défensive, mais le Maccabi devait encore transformer cette erreur en tir non contesté. C'est le jeu en largeur qui a permis cette conversion : Yehezkel a étiré la course de récupération adverse, Abu Farchi a occupé le couloir central, et la dernière passe est arrivée avant que la couverture ne puisse se refermer.
La deuxième passe décisive était suffisamment différente pour avoir son importance. Yehezkel a servi Dor Peretz sur le côté gauche à la 58e minute, et le capitaine a préféré placer sa frappe plutôt que de chercher à prendre Ofir Marciano de vitesse. Il a ensuite créé une nouvelle occasion de la tête pour Peretz, sur un mouvement du même type. En changeant de côté d'attaque, il devenait plus difficile à contenir qu'un ailier cantonné à une seule ligne de touche — le Be'er Sheva pouvait identifier le danger, mais pas la zone unique où le piéger.
L'expulsion de Roy Revivo à la 66e minute aurait dû changer la géométrie du match. Une équipe à dix sacrifie normalement son point d'appui le plus avancé sur le côté, resserre les distances entre défenseurs et accepte de subir de plus longues périodes sans ballon. Le Maccabi n'a pas renoncé à cette menace. Six minutes après le carton rouge, Yehezkel a délivré sa troisième passe décisive et Abu Farchi a inscrit son doublé — une assurance tactique, puisque le Be'er Sheva ne pouvait pas se projeter en masse vers l'avant tant que le meilleur passeur du terrain disposait encore d'espace pour attaquer.
C'est là la critique la plus vive que l'on puisse adresser à la réaction des champions. Kings Kangwa avait pourtant déjà démontré la valeur d'un jeu de mouvement varié, égalisant d'un talon avant d'aider le Be'er Sheva à prendre le contrôle du match avant la mi-temps. Mais une fois en supériorité numérique, leur possession n'a pas contraint de façon constante le bloc réduit du Maccabi à se retourner. Trop d'attaques se sont heurtées à la défense placée devant elle, tandis que l'espace laissé dans le dos devenait plus dangereux que la supériorité numérique n'était productive.
La prestation du Maccabi n'a pas non plus été exempte de risques. Son pressing a généré des occasions dès l'entame, mais le match a aussi comporté suffisamment de transitions mal maîtrisées pour inciter à ne pas voir dans un trophée de juillet un modèle abouti. Le deuxième carton jaune de Revivo a créé une urgence évitable, et le Be'er Sheva a touché la barre avant la pause. Un système qui laisse une telle liberté à Yehezkel doit encore protéger les espaces qu'il laisse lorsqu'une attaque se rompt.
Ce qui doit rassurer Kenny Miller, c'est que ce jeu en largeur ne reposait pas sur un volume stérile de centres. La première passe décisive de Yehezkel a suivi un appel chronométré dans le dos de la défense, la deuxième est venue après son apparition sur le côté opposé, et la troisième a sanctionné une équipe qui courait après le score. Trois situations de match différentes, résolues par le même joueur, sans jamais répéter deux fois le même geste.
Les qualifications européennes diront si ce point d'appui résiste face à des adversaires qui pressent le réceptionneur plus tôt et se replient avec plus de discipline. Le Maccabi ne pourra pas toujours créer un but sur cage vide ni laisser Peretz arriver sans marquage. Mais la Super Cup a offert un principe crédible à conserver : garder un joueur de couloir capable de recevoir sous pression, de centrer tôt et de changer de côté, et toute l'attaque trouve un espace pour respirer.
Le doublé d'Abu Farchi et la réalisation de Peretz ont remporté le trophée ; ce sont les choix de Yehezkel qui les ont reliés. Cette nuance explique pourquoi la performance mérite mieux qu'une simple célébration de trois passes décisives. La meilleure idée offensive du Maccabi s'est révélée transposable, quel que soit le score, le côté du terrain ou même en infériorité numérique après un carton rouge — en cette première soirée compétitive de la saison, la preuve la plus solide à ce jour que les tenants du titre ont plus qu'un simple résultat sur lequel construire.



