Pendant quarante-quatre ans et neuf olympiades, Israël avait envoyé des athlètes aux Jeux et les avait vus rentrer bredouilles. Non par manque d'efforts, ni par manque de douleur — Munich 1972 avait transformé une délégation olympique en massacre. Aussi, lorsque le tableau du judo féminin des mi-moyennes (61 kg) fut affiché au Palau Blaugrana de Barcelone le 30 juillet 1992, un nom israélien portait un poids qui n'avait rien à voir avec sa catégorie.
Yael Arad, née et élevée à Tel-Aviv, avait passé près de deux décennies sur le tatami au moment d'arriver à Barcelone. Elle s'y présentait en véritable prétendante, classée parmi les meilleures du monde dans sa catégorie, et elle s'est battue comme telle. Combat après combat, elle s'est frayé un chemin vers les tours de médailles devant un public qui n'avait alors aucune raison particulière de connaître son nom.
Le combat décisif est intervenu avant la finale. Arad affrontait l'Allemande Frauke Eickhoff, championne du monde en titre dans la catégorie et jusque-là invaincue dans les grands rendez-vous. C'était le genre de combat où seule la victoire garantissait une médaille — et Arad l'a emporté, éliminant Eickhoff de la course aux médailles et se plaçant à une victoire de l'or.
Cette dernière victoire n'est jamais venue. En finale, Arad a affronté la Française Cathérine Fleury dans un combat si serré qu'aucune des deux judokates n'a pu forcer une décision que le public aurait retenue pour sa seule technique ; l'issue est revenue aux juges, et les drapeaux se sont levés pour la Française. Fleury a décroché l'or. Arad a pris l'argent — devenant ainsi la première Israélienne de l'histoire à monter sur un podium olympique.
Des décennies plus tard, il est facile de réduire une première historique à un simple titre triomphant. Ce qui a fait résonner ce moment en Israël, ce n'est pas seulement la médaille en elle-même, mais la manière dont Arad l'a présentée. Elle a dédié son argent aux onze athlètes et entraîneurs israéliens assassinés par des terroristes palestiniens aux Jeux olympiques de Munich en 1972 — refermant, d'un seul geste, une boucle de deuil et de revanche que le sport israélien portait depuis les faits.
« Ce jour-là, je suis passée d'une personne qui voulait à une personne qui pouvait », dira plus tard Arad à propos de la finale. Cette phrase a survécu aux détails du combat lui-même, car elle traduisait une vérité qui dépassait le judo : la preuve, enfin, que des athlètes israéliens pouvaient se hisser tout en haut d'une compétition olympique, et pas seulement y participer.
Le pays n'a pas eu longtemps à savourer une médaille unique. Un jour après l'argent d'Arad, son compatriote judoka Oren Smadja — engagé dans la catégorie des moins de 71 kg chez les hommes — a décroché le bronze, offrant à Israël deux médailles olympiques lors des mêmes Jeux, dans le même sport, à un jour d'intervalle. Ce qui avait été une disette de 44 ans est devenu, presque du jour au lendemain, le socle de la place démesurée qu'occupe le judo dans l'histoire olympique d'Israël.
Arad elle-même est restée proche du sport bien après Barcelone. Elle est ensuite devenue entraîneure de l'équipe israélienne de judo aux Jeux olympiques de Sydney en 2000, transmettant à la génération suivante ce qu'elle avait appris là où cela comptait le plus : que l'attente de la première médaille olympique israélienne ne s'était pas achevée par l'or, mais par un argent qui, aux yeux de tous ceux qui regardaient, avait la valeur de l'or.



